2008/12/02

Lu - Mort d'un jardinier


de Lucien SUEL

Souffle : Après avoir demandé à m'acheter ce livre, à un transitaire de la capitale, me voici avec ce carré de papier, sale, griffé, et oui, une explication de sac qui a cassé, et de pluie en ce mois de novembre : c'est un témoignage avant même de l'ouvrir, il est rayé, noirci, tiré sur le sol, la mort et la lutte. J'espère que mon avis ne fâchera pas feu Mauricette, mais après tout, ce n'est qu'un avis bien modeste, alors je peux dire que j'ai aimé, notamment cette analogie et ce contact primaire avec la nature, dans le sens profond d'un cycle, celui de cet homme qui se meurt, celui qui dénote le simple passage sur terre de l'humain.
Donc, le livre est d'une construction particulière, j'avais peur qu'il ne soit que poésie, (bien que quelques énumérations vont dans ce sens et qu'il reste en tête un long moment une fois le livre refermé) mais son titre de roman, avec des chapitres d'une phrase de 2 à 3 pages, utilisation systématique du tu en début de chapitre(Tu sors de la maison; Tu marches dans l'herbe humide; Tu regardes le ciel; Tu noues tes lacets) il s'ensuit une lecture phonique, ça me faisait penser à un disque de Léo férré, mais ici, il n'y a pas de violence et de révolte contenu. C'est comme une introspection.
C'est ce jardinier qui meurt, il vient juste de tomber à terre, des sensations internes, olfactive, bruits, tout se reconstitue dans son cerveau pour recomposer son existence, de long aller-retour entre sa création, son travail, son jardin et les rencontres, sa mémoire. Il se dessine peu à peu, par ses nombreuses anecdotes, la vie chronologique de ce jardinier, sa manière d'approcher et d'entretenir son jardin, bien aligné, en s'interdisant certain curcubitacé, une rigueur et puis le côté immuable, subit des cycles des saisons, du temps qui passe, est-ce que la poésie est aussi éphémère que la durée de vie du légume ? Ou peut-être quelques traces subsistent, tel un noyau jeté par inadvertance, se retrouve entre les sillons, comme un futur pécher, tel un magnifique noyer prospère sous lequel bénéficier de l'ombrage non mortel. Mais dans tout ce parcours émouvant par la simplicité d'appréhender la vie, le plus étonnant, est que ce jardinier ne veut pas être sous terre, lui qui aime la lecture ne veut pas être dévoré par les vers.

4 commentaires:

S.L. a dit…

Merci pour cette lecture.
Le livre battu par la pluie, boueux !

Oh la baleine a dit…

Un déjeuner sur l'herbe, à même le sol boueux, dans certain cas, c'est vraiment tentant...

Sinon pour le livre, même la tranche est boursouflée ! et de biais !, à croire qu'une mobylette est passé dessus.

Un plaisir de voir vos mots, creuser peu à peu le sol... rapprochant les pôles.

Bien amicalement, par delà les flots...

S.L. a dit…

Encore merci.
A propos, Mauricette n'est pas morte... Elle se soigne et reviendra probablement dans la bloguerie à la belle saison deux mille neuf.

Oh la baleine a dit…

Excellente nouvelle dont je ne peux que me réjouir, car je dois le dire, elle me manque.